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לימוד תורה
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BEHAR 5770

« Au Jubilé [yovel = La 50è année], il [le bien] sortira et reviendra à son héritage »" (VAYIQRA 25, 28)
«Ne prends pas de lui intérêt et usure… » (VAYIQRA 25, 36)

Cette semaine, nous lirons deux parachiot : Behar et Be’houqotay.

La paracha Behar commence par présenter les lois de la Chemita (l'année chabbatique de la terre, on ne doit pas travailler la terre pendant un an), et celles du Yovel (=Jubilé).
Puis, la Torah continue avec de nombreuses lois "sociales", qui assainissent le comportement de l'homme avec son prochain, comme l’interdiction de prêt à intérêt.

Joseph E. Stiglitz, américain, prix Nobel d’économie, a sorti son livre « Le triomphe de la cupidité », traduction de Paul Chemla en février de cette année (éditions LLL).

Il explique, entre autres les causes de la crise financière que l’on a commencé à ressentir en 2008.

Tout a commencé avec les prêts hypothécaires aux Etats-Unis. Les banques et Instituts de crédit ont mis en place un système pour inciter les particuliers à s’endetter pour acheter dans l’immobilier. On prêtait même sans apport personnel. Tout le monde misait sur l’augmentation perpétuelle des prix de l’immobilier. On disait qu’en cas de défaut de paiement, la maison servirait à rembourser la banque.
Les instituts prêteurs ont mis en place un système de prêts compliqués qui ont généré d’importants frais de dossiers, de transactions… Les prêteurs étaient contents, d’autant plus qu’ils ont revendu les prêts dans des packages sur les marchés financiers (c’est la titrisation).

Un beau jour la bulle a éclaté, et il est devenu plus rentable de ne pas rembourser la banque que d’honorer les échéances.
C’est présomptueux de vouloir résumer un livre en quelques lignes, mais en tout cas c’est ce phénomène qui est aussi la cause de la crise financière.

Or que nous dit la paracha de la semaine ?
Pas de prêt à intérêt (2è verset en entête). Derrière ceci, c’est l’interdiction d’un accord financier dans lequel un emprunteur assume tous les risques alors que le prêteur a des rentrées d’argent assurées.
Celui qui prête à intérêt perd sa confiance en D. quoiqu’il arrive, il sait qu’il a 100 aujourd’hui, et qu’il aura 120 dans un an.
Dans la crise financière, les banques étaient sûres de gagner. Si le marché progressait, elles gagnaient en intérêt et en frais de transaction sur les emprunteurs. Si le marché s’écroulait, l’Etat serait là pour financer…
C’est un jeu où la banque gagne toujours…. C’est ce qui est mauvais pour la société. Un contrat où le prêteur est toujours sûr de gagner.

Nos sages ont donc préconisé le « Eter Hisqa », Guemara Baba Metsia 68a.
X a besoin de 1000 pour lancer une affaire.
Y va lui prêter 500, que X devra rembourser de toute façon, car c’est un prêt.
Y va aussi lui « déposer » 500. Cette somme est un dépôt, un investissement dans l’affaire. C’est pourquoi si l’affaire marche bien et fait des bénéfices, ce dépôt sera rendu, avec la moitié des bénéfices.
Si X a tout perdu, Y ne récupérera que la partie prêt = 500.

Y est donc intéressé aux résultats, et risque une somme importante. Il est associé, ce n’est pas un prêteur à intérêt.

Avec ce type d’opération, les intérêts de X et Y sont convergents. On dit en terme économique qu’il n’y a pas de conflit d’agence, et que l’asymétrie de l’information est réduite à son minimum.
Avec de tels prêts la crise financière n’aurait pas existé.

Par ailleurs, la notion de propriété est complètement différente dans le monde la Torah. Si les lois du Yovel s’appliquent alors on ne peut pas acheter un bien ad vitam eternam. Un bien est acquis jusqu’au prochain Yovel (La 50è année, verset en entête). Si j’achète un bien, c’est en fait un bail locatif, jusqu’au Jubilé !
La pierre n’est donc plus une valeur refuge qui transmet les inégalités de génération en génération. La pierre n’est donc plus un outil de spéculation… c’est juste un moyen … un lieu pour habiter.
Le risque d’une crise de l’immobilier se réduit donc considérablement.

Voilà comment deux petits versets de notre paracha pourraient contribuer à créer une société meilleure et plus efficace.

Chabbat Chalom
Stéphane Haim COHEN, www.limud.net

D’après :
Guemara Baba Metsia 68a, editions Sotenschtein