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לימוד תורה
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ROCH HACHANA 5771

Cette semaine, nous vivrons Roch Hachana : mercredi soir, jeudi et vendredi. Nous enchaînerons, sans transition avec Chabbat Chouva, où nous lirons la paracha Aazinou.

Roch Hachana est le début de l'année, mais ce n'est pas un simple anniversaire, c'est le moment où D. juge toute l'humanité. La soirée est marquée par un seder, nous mangeons des symboles, que l’on associe à de bonnes choses pour l’année à venir : une année douce comme la pomme trempée dans le miel, …

Sachez que ce que j’écris ici, me concerne (ma famille et moi-même), je ne veux pas être un donneur de leçon, ou un faiseur de morale… Je ne suis déjà pas comme il faut, alors je n’ai rien à dire à mon prochain. Toutefois, si cet écrit peut aussi être utile à d’autres, tant mieux !

En regardant la tête de mouton ou la tête de poisson, nous réciterons :

Qu’il soit ta volonté, notre Dieu et D. de nos pères que nous soyons à la tête et pas à la queue.

Cette année quand nous réciterons cette prière, liée à l’un des symboles sensés nous réveiller pour le début de l’année, voici ce que j’ai envie de dire à table :

La tête, c’est la clé de notre année, et il ne faut pas seulement prier pour être à la tête, mais aussi et surtout pour avoir une bonne tête et bien l’utiliser.

A l’orée de la nouvelle année, nous prenons de bonnes résolutions, nous tentons de combler notre passif, et même de l’effacer. Nous regrettons nos fautes, et tentons de ne plus recommencer. C’est notre tête qui va nous aider à réussir.

1. La tête face au corps.

Si nous décidons de donner le pouvoir à notre tête, si nous décidons, de raisonner, alors nous gagnerons le combat contre les pulsions de notre corps.

Il y a des nourritures qui sont mauvaises pour moi.

Les premiers aliments néfastes sont ceux qui nuisent à ma santé : manger trop gras, trop de café, trop d’alcool, … c’est dangereux. Si j’écoute ma tête, je sais que la Torah m’a dit « vous ferez attention à vos âmes », c’est l’ordre divin qui nous demande de protéger notre santé.

Les autres aliments néfastes sont ceux qui me sont interdits par la Torah. Les animaux interdits, les mélanges interdits (lait et viande),…

Mon corps peut me dire « nourris-moi », même de choses interdites, ou dangereuses. Mais si je sais raisonner, si je sais écouter ma tête, si ma raison commande mon corps, alors je domine mes envies, et je deviens un vrai homme, complètement différent de l’animal qui agit et réagit à ses pulsions, ses instincts.

La tête, plus généralement m’aide à vaincre toutes les exigences du corps : celui qui n’écoute pas sa tête peut rapidement tomber dans la débauche (débauche sexuelle, alcool, drogue, …). Ma tête m’aide donc à dépasser le stade de l’homme animal.

2. La tête face au coeur

Si l’homme agit en écoutant uniquement son coeur, ses sentiments, … il peut aussi se fourvoyer.

Etre jaloux, se disputer … c’est écouter bêtement son coeur.

Prenons l’exemple d’une dispute entre un frère et une sœur, ou bien dans un couple.

« J’ai raison, donc je crie ». Il m’a agressé, donc je réagis au quart de tour, je lui rends la pareille. Je ne réfléchis pas, j’oublie de faire fonctionner ma tête, c’est mon coeur et mes nerfs qui répondent.

En revanche, j’ai une autre possibilité. S’il m’a parlé méchamment, c’est peut être parce que je l’ai blessé, je dois donc corriger le tir … et pas seulement crier à mon tour.

S’il m’a parlé méchamment, c’est peut être parce qu’il a des problèmes, il est peut être fatigué, … au lieu donc d’écouter mon coeur, et de crier tous en choeur, je dois probablement écouter ma tête et tenter de l’aider.

Dans la pire des situations, imaginons, que j’utilise ma tête et que je réalise que je me dispute avec un fou, ce qui est rarissime, crier, et m’abaisser au niveau de mon interlocuteur, est-ce vraiment la meilleure réponse ?

Bien évidemment, non, si j’écoute ma tête, je dois comprendre qu’il ne faut pas répondre ! Ma grand-mère, zal, disait « le meilleur mépris c’est le silence ». Et, c’est clair : c’est la plus terrible des réactions. D’ailleurs, le Rambam, dans les lois de la Techouva, Chap 8, explique que la plus terrible des punitions dans le monde futur, c’est le vide … RIEN, pas de monde futur. Le retranchement, c’est mourir comme un animal, avec rien après. Il n’écrit pas que le contraire du monde futur, ce sont des souffrances futures. Il écrit que le plus terrible … c’est RIEN. Ceux qui sont punis après la mort, selon le Rambam, sont ceux qui ne trouvent RIEN.

De même en ignorant quelqu’un c’est la plus terrible des réactions … l’indifférence.

En tout état de cause, si j’écoute ma tête, et pas mon coeur, je mets tous les atouts de mon côté pour aplanir les disputes, pour sortir la tête haute, fier d’avoir maîtrisé mon coeur.

A Roch Achana, nous lisons dans la paracha du jour l’archétype de celui qui a dominé son coeur. Avraham doit aller sacrifier son fils, celui par qui son message intemporel doit passer. D. lui a promis une descendance, et maintenant il faut sacrifier le fils miraculeux qu’il a eu de Sarah.

Que lui dit son coeur ? il ne faut pas y aller.

Que lui dit sa tête ? J’obéis à l’ordre divin, je me soumets au Roi des rois, et j’accepte tout.

Dans la guemara Avoda Zara 17b, on nous narre l’histoire de Rabbi ‘Hanina ben Teradione qui a été attrapé par les romains, avec sa femme et sa fille.

Ils ont été « jugés » et les sentences furent terribles :

Rabbi ‘Hanina a été condamné à mourir brûlé vif, sa femme été condamnée à être exécutée par le glaive, et sa fille a été placée dans une maison close.

Quand la sentence est tombée quelles furent les réactions ? (Avoda Zara 18a)

Rabbi ‘Hanina : « Le Rocher, Son œuvre est parfaite », Devarim 32,4, extrait de la paracha Aazinou, que nous lirons chabbat, juste après les 2 jours de Roch Achana.

Sa femme : « c’est un D. de vérité, qui ne fait point d’iniquité », c’est la fin du verset cité par Rabbi ‘Hanina.

Les condamnés sont convaincus qu’ils méritent la sentence, pas parce que les romains ont raison (ces romains sont foncièrement mauvais), mais tout simplement ils ont dû fauter. Et D. est exigeant avec les justes.

Malgré tout, voici 2 condamnés à mort, qui en apprenant la sentence, se mettent à louer D. … ils écoutent leur raison. Ils maîtrisent leur sentiment, et expriment Le Vrai. La Torah aide à canaliser les sentiments. Elle nous apprend à dominer notre coeur.

3. La tête face à la tête.
Notre tête nous permet de nous différencier des animaux : je domine mes envies, et je maîtrise mon coeur.

Mais qui me dit que ma tête a toujours raison ?

Ce doit être une de nos prières de Roch Hachana. Puissions-nous être dans le Vrai pour chaque décision que nous prendrons.

En effet, je peux raisonner… mais mal raisonner. Je peux très bien me dire que j’ai besoin de me reposer un jour par semaine, mais prendre la voiture ce jour là me permettrait de mieux me reposer. En raisonnant, je peux très bien arriver à la conclusion que le repos du chabbat doit se faire en allant en voiture, voir un film au cinéma (D. préserve).

En raisonnant avec ma tête je peux tomber sur un obstacle qui me déstabilisera. Ainsi A’her (Elicha ben Avouya) a rejeté la Torah car il n’a pas su comprendre un évènement auquel il a assisté (Quidouchine 39b). Sa tête l’a emmené dans la mauvaise direction.

De même au nom du vrai je peux enseigner la haine, le racisme, les guerres… Heureusement, le judaïsme n’est pas une religion au nom de laquelle on tue, ou on a tué… mais au nom de la Torah, on justifie parfois le racisme… Est-ce cela la vérité ? Est-ce cela le message divin ?

[Même si je critique certains qui diffusent un message erroné, au nom de la Torah, je tiens à préciser, qu’au regard de 4000 ans d’histoire, il est incontestable que notre peuple se comporte mieux que les autres peuples.]

En résumé ma tête peut me tromper. C’est pourquoi, je dois toujours raisonner en gardant à l’esprit que je peux m’égarer. Je dois donc confronter ma pensée avec l’autre et surtout avec l’autre qui connaît la Torah : ses commandements, ses valeurs universelles.

En fait pour bien penser, pour bien faire travailler ma tête, je dois perpétuellement penser. Et c’est en pensant ainsi qu’on existe. Descartes l’a écrit : « Je pense donc je suis ».

A Roch Hachana, je dois donc décider de faire fonctionner mon cerveau, c’est ainsi que je deviens un homme qui se rapproche du Créateur.
A Roch Hachana nous devons comprendre et déclarer la Royauté divine.

Si D. est Roi, c’est que je dois être Son sujet. Or ne peut être un sujet d’un roi, que celui qui ressemble au roi. Ex. : le lion est le roi des animaux, pas le roi des hommes.
Donc, si je veux être un sujet du Roi je dois Lui ressembler. Et que veut dire ressembler à D. ?

La Torah nous dit « D a créé l’homme à Son image » (Berechit 1,27).
Qu’est-ce que cela veut dire ? D. a-t-il des bras, des yeux et des jambes ? Bien évidemment non !
Nous sommes à l’image de D. signifie que nous sommes doués d’intelligence.

C’est pourquoi, à Roch Hachana, si je veux proclamer que D. est Roi, je dois décider de Lui ressembler ! Je dois décider de faire fonctionner ma tête comme il le faut.

D’ailleurs dans la prière que l’on fait en regardant la tête de mouton est « cheniyé LAroch » et non pas BAroch. « Baroch » signifie forcément en tête = prier pour être la tête (On trouve le mot Baroch = en tête, dans l’histoire de Yerovam, Sanhédrine 102a)

LaRoch, commence par le lamed, celui qui nous indique un chemin. C’est peut être prier pour que ce soit la tête qui devienne l’essentiel… et non pas les envies du corps ou du coeur.

Chana Tova
Ketiva va’hatima Tova
Stéphane Haim COHEN, www.limud.net

D’après :
Une dracha à laquelle j’ai assisté et d’après les guemarot citées, Editions Sotenschtein