Chemot 5783 - Les impôts, quels impôts ?

“Ils placèrent sur lui [le peuple des Bné Israel], des officiers des impôts pour l’opprimer par leurs labeurs, il construisit des villes d'approvisionnement pour Pharaon”
 (Chemot 1,11),

La Paracha CHEMOT, est comme son nom l'indique la première du livre de CHEMOT. Littéralement, CHEMOT = "noms", mais la traduction française a pris l'habitude d'appeler le 2è livre de la Torah "l'Exode", en référence au thème principal, la sortie d'Egypte.
La paracha de la semaine commence par nous présenter la dégradation de la situation des Bné Israel en Egypte. De la position d'invités privilégiés du temps où Yossef était vice-roi d'Egypte, les Bné Israel sont à présent des esclaves.

La dégradation du statut des Bné Israel a été progressive. Les Egyptiens ont dit “Allons, rusons envers lui…” afin que ce peuple ne constitue pas une cinquième colonne, qui se liguerait à une puissance étrangère pour nous combattre. Les Egyptiens veulent donc ruser afin de “contenir” les Bné Israel. Par la même occasion, les Egyptiens oublient ce qu’ils doivent aux Bné Israel et à Yossef qui a sauvé l’Egypte.

La ruse des Egyptiens, c’est de nommer des percepteurs, des agents des impôts, qui demanderont un “dû” aux Bné Israel.  (verset en entête).
Rashi explique : quel est cet impôt ? La construction de villes de stockage (d’approvisionnement).


Au début, ce n’était qu’un impôt pour les Bné Israel, et tranquillement cela a glissé vers l’esclavage : “Les Egyptiens asservirent les Bné Israel avec dureté” (Chemot 1,13).

Mais pourquoi les Bné Israel sont tombés dans le piège ? Pourquoi ont-ils accepté cet impôt ? Pourquoi ne se sont-ils pas révoltés contre cet impôt ?

L’histoire de France est marquée par les révoltes contre les impôts. La Fronde (1648-1653) tire son origine, entre autres, dans la pression fiscale. La révolution française est aussi une lutte contre la pression fiscale, et surtout contre l’inégalité devant l’impôt. Avant la révolution, les parlements s’opposent dur comme fer à la taxation des nobles. La noblesse fait tout pour maintenir ses privilèges, et échapper à l’impôt. Cette inégalité devant l’impôt sera le ferment de la révolution française…

Alors pourquoi en Egypte, les Bné Israel ont accepté cet impôt comme des moutons ? Pourquoi ne se sont-ils pas révoltés?

En Egypte les Bné Israel sont une minorité, ce sont des étrangers. Et ce n’est pas facile. Le peuple Egyptien n’est pas dérangé de voir les Bné Israel exploités. Au contraire, cela lui rend la vie plus facile. Les révoltes, ou la révolution, c’est lorsqu’une minorité exploite une majorité. Lors de la révolution française, le Tiers Etat, l’essentiel de la population, payait des impôts. Les nobles étaient exemptés.

Comme dit le poète : “Nous sommes la majorité, nous avons le droit d’exiger, nous sommes majoritaires, vous devez nous satisfaire”. La majorité peut naturellement se révolter.
Mais lorsque c’est la minorité qui souffre, comme les Bné Israel en Egypte, cela ne pose pas de problème. Et même si certains voulaient initier une révolution, c’est perdu d’avance. Comme me l’a rappelé un proche “la révolution c’est comme une bicyclette, quand elle n’avance pas, elle tombe”. (Mao Tse Tong, … non Che Guevara).

Les Egyptiens sont la majorité. Ils ont peur de ne plus le rester. Alors ils imposent les Bné Israel. Tout au long de l’histoire du peuple juif en diaspora, ce sont des choses qui se reproduiront. On taxe les juifs pour financer telle ou telle guerre… On taxe les juifs pour qu’ils aient le droit de commercer …. on taxe les juifs pour qu’ils aient le droit de vivre. Et cela ne dérange jamais personne. L’autochtone ne voit pas de mal à taxer les juifs.

D. a voulu que le peuple juif naisse sur une terre étrangère pour que nous connaissions ce statut d’étranger qui souffre pour avoir le droit d’exister. Nous avons dû passer par l’Egypte pour comprendre ce que c’est que de souffrir en silence, sans espoir, sans même pouvoir penser à se révolter. Nous avons dû passer par l’Egypte pour comprendre comment la majorité doit se comporter avec les étrangers. Nous avons été des étrangers exemplaires, nous n’avons pas remis en cause les us et coutumes du pays, nous n’avons pas voulu imposer notre loi. Et pourtant, nous avons été réduits à l’esclavage, sans que les autochtones ne soient choqués. On nous a taxé… et personne ne s’y est opposé. On nous nous taxé en nous forçant à travailler,... et tout le monde était bien content.

La Torah n’a cesse de nous rappeler que nous avons été esclaves en Egypte pour se souvenir que lorsque que nous vivrons sur notre terre, nous ne devrons pas profiter de notre situation pour exploiter l’étranger. Nous n’aurons pas à le taxer et à le cantonner dans la construction de nos villes !

Aujourd’hui, quand on importe de la main d’oeuvre pour construire nos villes, avons-nous conscience de la vie du malheureux ouvrier ? Mettons-nous quelques instants dans la tête de celui qui commence sa journée à 06:00 et qui la termine à 4, 5 ou 6 heures du soir… qui travaille pour construire nos immeubles, nos routes.

Ce malheureux, étranger, ou autochtone, qui passe sa vie sur les chantiers de construction, à la plonge dans un restaurant, ou à faire des ménages, est aussi un homme. Qui va l’aider à remplir sa vie ? Qui lui donnera les moyens de comprendre que lui aussi, il peut changer la vie, il peut changer le monde ?

Chabbat Chalom
Stéphane Haim COHEN
www.limud.net