Pessa’h 5786
“Nous étions les esclaves de Pharaon.”
“A l’origine, nous étions des idolâtres.”
Hagada de Pessa’h
Ce soir nous allons vivre Pessa’h.
Comme le souligne le Rav Dessler dans Mi’htav Meeliahou, il existe un temps de Pessa’h qui a été créé, et chaque année ce temps arrive, avec ses caractéristiques. Ainsi, le 15 nissan, c’est le jour où Abel a apporté son offrande. C’est le jour où Lot est prêt à tout pour recevoir des invités. C’est le jour où nous sommes sortis d’Egypte.
A nous de savoir entrer dans ce temps qui revient à nouveau devant nous. Et c’est bien que cela fonctionne ainsi, car la vie de l’homme est aussi un cycle avec des chutes et des ascensions. A nous de savoir transformer la chute comme opportunité de monter ensuite.
Les 2 passages en entête sont lus au début de la hagada. Ils symbolisent le Gnay, la détresse avant la sortie d’Egypte. La détresse physique : nous étions esclaves. La détresse morale : nous étions idolâtres.
Pourquoi devoir se rappeler des mauvais moments ? Et plus généralement : pourquoi être passés par l’Egypte et ses sales moments ? C’est en Egypte, que nous sommes devenus esclaves ! C’est en Egypte que nous avons souffert, dans notre chair et dans nos âmes.
En fait, en ce moment je repense beaucoup à cette question. Et à chaque fois que j’y repense, les paroles d’une chanson de Johnny Hallyday me viennent à l’esprit :
Qu'on me donne l'obscurité puis la lumière
Qu'on me donne la faim, la soif puis un festin
Qu'on m'enlève ce qui est vain et secondaire
Que je retrouve le prix de la vie, enfin
Qu'on me donne la peine pour que j'aime dormir
Qu'on me donne le froid pour que j'aime la flamme
Pour que j'aime ma terre, qu'on me donne l'exil
Et j’ai regardé qui a écrit ces paroles ? Jean Jacques Goldman !
On apprécie le cadeau, quand je l’ai désiré auparavant, quand j’ai manqué auparavant.
Pour apprécier la liberté, je dois connaître l’esclavage ! Pour apprécier la lumière divine, je dois connaître l’obscurité. Pour apprécier la manne qui tombe du Ciel, je dois avoir faim auparavant. Pour apprécier la terre d’Israel, je dois avoir connu l’errance auparavant !
Les souffrances en Egypte ne sont donc pas une punition. C’était une opportunité, un cadeau de D. pour me rapprocher de D.
Alors, sur le moment, on souffre. Mais, quand arrive la délivrance, quand on ouvre les yeux, on réalise que D. nous aime, et qu’Il a juste donné les conditions pour qu’on puisse se rapprocher de Lui, pour qu’on puisse lui chanter MERCI.
Cette souffrance a été un privilège. Nous sommes devenus un peuple en Egypte. Nous sommes devenus les proches de D.
80% du peuple n’y a pas cru et a disparu en Egypte. Mais, nous, nous descendons des 20% qui ont cru et qui ont choisi de voir la main de de D.
Ainsi, Il nous a choisis pour recevoir la Torah. Il nous a choisis pour nous donner la terre d’Israel.
Quand on lit le début du livre Chemot, avec l’ascension de Moshé Rabénou, on a du mal à comprendre.
Moshé a été élevé chez Pharaon ! Celui qui voulait tuer les Bné Israel, va élever le libérateur ! C’est un film !
Et bien non !
Nos ennemis creusent eux-mêmes leur tombe ! Et c’est comme cela que notre gratitude envers D. est encore plus grande !
Le 7 octobre 2023, nous avons pris des coups, et même les mois qui ont suivi. Et encore aujourd’hui. Nous pleurons les enfants de notre peuple qui sont morts en sanctifiant le nom de D. Nous pleurons avec les familles endeuillées.
Nos vies sont rythmées par les alertes. Nous descendons vers les abris.
Mais aujourd’hui, si on ouvre les yeux, on peut comprendre que c’est de D.
מֵאֵת יְהוָה, הָיְתָה זֹּאת; הִיא נִפְלָאת בְּעֵינֵינוּ
“C’est l’Eternel qui l’a voulu ainsi, cela paraît merveilleux à nos yeux.” (Psaume 118,23)
Nos ennemis sont tombés et ils tomberont, et c’est eux qui ont commencé ! C’est eux qui creusent leurs tombes !
Puissions nous ouvrir les yeux ! Faisons les efforts pour grandir, et se rapprocher de D. !
Louons D. !
Pessa’h Cacher VeSamea’h
Stéphane Haim COHEN