Ki Tissa 5782

«… Le peuple se rassembla autour de Aaron, ils lui dirent, Fais nous des dieux qui marcheront devant nous….» CHEMOT (32,1).

La Paracha Ki Tissa est marquée par l'épisode du veau d'or et sa conséquence : la destruction des premières Tables de la Loi.
En effet, Moshé, après la révélation du 6 siwan « monte » pour recevoir la Torah. A la fin des 40 jours, D. lui dit de descendre. Le peuple s’est corrompu.
Le peuple a demandé à Aaron de lui fabriquer des dieux (verset en entête). C’est un veau d’or qui va sortir.
Ce veau d’or est l’idole par excellence, c’est l’archétype de toutes les idolâtries. La Torah nous montre ici que l’idolâtrie peut frapper partout, n’importe quand, et même ceux qui sont proches de D.

1/ DEVANT NOUS
Le verset dit “fais nous des dieux qui marcheront DEVANT NOUS”. Nous comprenons ainsi ce qu’est l’essence de l’idolâtrie. Les dieux que demande le peuple sont utiles. Ils servent à marcher “DEVANT NOUS”.
Si l’idole marche “devant nous”, le “nous” est l’essentiel, et l’idole est l’accessoire. La caractéristique de l’idole est donc qu’elle sert l’homme. Elle sert = elle est utile.
La Torah veut le contraire, c’est à l’homme de servir D. :
“Et maintenant, Israël! Ce que l'Éternel, ton Dieu, te demande seulement, c'est de craindre D., d’aller dans SES voies…” (Devarim 10,12)
Servir D. c’est aller dans SES voies, c’est à l’homme de marcher vers D.
L’idolâtrie, c’est choisir une idole qui me convient et qui marche devant moi.
Servir D. c’est placer D. au centre du monde. L’idolâtrie, c’est placer l’homme au centre du monde.

2/ Onkelos : des dieux = da’halan
Quand le peuple demande qu’on lui fasse des dieux, Onkelos traduit “elohim” du verset (=les dieux) par “da’halan”.
Un ami m’a expliqué que traditionnellement Onkelos traduit les idoles par ce mot. Ainsi, quand Lavan avait dit à Yaacov “Tu as volé mes dieux”, onkelos traduit par “Da’halti”. Ce mot signifie “ce qui fait peur”, “ce que l’on doit craindre”.

Pourquoi Onkelos décide de traduire les idoles, les dieux, par “ce qui fait peur” ?
Onkelos veut peut être nous faire comprendre que c’est la caractéristique de l’idolâtrie. L’homme la sert parce qu’il la craint. Il a peur que le ciel lui tombe sur la tête, alors il sert l’idole. Il a peur d’avoir une mauvaise récolte, alors il la sert. Il a peur d’un périlleux voyage en mer, alors il la sert. Il a peur d’être malade, alors il la sert.
Encore une fois, le propre de l’idole est d’être utile à l’homme, elle lui sert pour guérir, pour arriver à bon port, pour être rassuré quant à la prochaine récolte. C’est donc l’idole qui sert l’homme.
Chez les grecs et les romains, il y avait des dieux pour tous les besoins : l’amour, la guerre, la mer, le commerce, l’agriculture…
Grâce à Onkelos on comprend comment servir D.
Si l’idole, on la sert pour satisfaire ses besoins, D. je Le sers pour Lui. Aimer D. c’est le servir sans rien attendre de Lui.
Aujourd’hui, dans le cadre du Daf Hayomi, Haguiga 9b, nous avons pu lire que celui qui a étudié un passage 100 fois ne ressemble pas à celui qui l’a étudié 101 fois. Le Rav a expliqué qu’il y a une différence fondamentale. Celui qui étudie 100 fois, c’est pour se souvenir de ce qu’il apprend, c’est pour lui. Celui qui étudie 101 fois le même passage a dépassé ce stade. Il étudie parce qu’il aime étudier.
C’est donc la même idée. Je peux étudier la Torah pour moi, ou je peux étudier la Torah pour la Torah, parce que je L’aime.

3/ Conclusion : l’OR, le moyen
L’idolâtrie, c’est le monde à l’envers. Au lieu de m’élever vers D., je crée un dieu, que j’abaisse vers moi. Au lieu d’utiliser les moyens de ce monde pour m’élever vers D., je sanctifie ces moyens. L’or est normalement un moyen (une valeur) qui devrait être utilisé pour grandir et aller dans SES voies. Mais bêtement, on fait souvent le contraire, c’est le moyen que l’on sanctifie, c’est cet or que l’on sert.


Chabbat Chalom
Stéphane Haim COHEN