« Le rescapé [Og selon Rashi] vint et raconta à Avram, l’hébreu,...»
Berechit 14,13
Après les échecs que les hommes ont générés depuis la création du monde (la faute de Adam et ‘Hava, la génération du déluge, celle de la Tour de Babel), un homme apparaît dans la Paracha de cette semaine. C’est un homme hors du commun, c’est Avraham (Nous l’appellerons ainsi, bien qu’au début de la paracha, il soit nommé Avram).
Cet homme est exceptionnel :
Grâce à son intelligence et à son discernement il va découvrir D.
Avraham notre père, notre ancêtre, va diffuser le message du D. UN.
Sa vie est une suite d’épreuves. A 75 ans, des dizaines d’années après qu’il ait découvert D., il va entendre la voix du maître du monde. D. lui dit de partir, de devenir un migrant, de quitter ses repères, pour aller vers l’inconnu.
En arrivant en Canaan, il connaîtra la famine, et devra partir en Egypte.
Avraham est celui qui introduit au monde dévoyé le monothéisme. Avraham est aussi le patriarche que l'on associe à la bonté, le ‘hessed.
La bonté c’est des actes. Donner est un acte de bonté. Accueillir des invités est un acte de bonté. Avraham nous a montré l’exemple à ce sujet. Mais la bonté c’est aussi donner des mots, donner des idées, aider l’autre à se rapprocher de la vérité. Etre bienveillant avec son prochain, c’est aussi de la bonté.
Avraham nous a aussi montré l’exemple à ce sujet. Il a ramené ceux qui le côtoient au monothéisme. Etre bienveillant, c’est faire comprendre à l’autre ses erreurs.
Mais avant de faire comprendre à l’autre ses erreurs, il faut comprendre les siennes. Avraham vivait dans un environnement idolâtre, et le midrach nous rapporte qu'il va casser les idôles de son père.
Le midrach Raba nous apprend que c’est Tera’h le père d’Avraham qui a dénoncé son fils, le casseur d'idoles auprès de Nimrod. C’est Tera’h qui a demandé la condamnation à mort de son fils. Tera’h s’est opposé à son fils qui allait contre l’ordre établi. Avraham est un révolutionnaire.
La Torah qualifie Avraham d’hébreu. Rashi explique que cela fait référence au fait qu’Avraham venait de l’AUTRE COTE du fleuve. Avraham avait le monde contre lui. Et pourtant il a su découvrir la vérité. Les conformistes sont d’un côté du fleuve, Avraham est de l’autre côté.
Avraham a donc une double force :
1/ Il découvre la vérité contre tous
2/ Il va savoir partager cette vérité.
Aujourd’hui la bienveillance est à la mode.
Dans l’éducation, il ne faut pas contredire les enfants, les pauvres petits enfants, cela nuirait à leur épanouissement. A l’école, il ne faut pas trop les fatiguer. Pourquoi les faire accéder à des concepts compliqués ? Pourquoi leur demander d’apprendre par coeur ? C’est contre nature. IL FAUT DONC ETRE BIENVEILLANT.
Dans la société, le faible a toujours raison. Il ne faut pas stigmatiser. S’il vole des chaussures de marques, c’est qu’il ne reçoit pas les allocations qu’il mérite. S’il vole c’est parce que ses parents ont souffert et ont été exploités, alors c’est juste de voler ! IL FAUT DONC ETRE BIENVEILLANT et ne pas condamner ces malheureux.
Mais ce n’est pas cela la bienveillance. La bienveillance, c’est écouter mon interlocuteur et lui expliquer qu’il se trompe. Tout ne se vaut pas. La bienveillance c’est aider l’autre à se corriger. La bienveillance c’est dire aussi ce qui est mal.
A la fin de la paracha, dans le passage de Brit Ben Habetarim, D. dit Avraham : “Et toi tu iras vers tes pères en paix” (Berechit 15,15). Le rav Yossef Dov Solovetchik nous explique donc à partir de ce verset que le père idolâtre de Avraham Tera’h a fait Techouva. En effet, comment promettre en récompense à Avraham de retourner vers ses pères, si son apère était resté idolâtre ?
Tera’h a donc découvert le monothéisme, grâce à Avraham. D. a ordonné à Avraham de quitter Ur Kasdim après que Tera’h a adhéré au monothéisme. Ils partent ensemble. Tout cela par la bienveillance d’Avraham. La bonté, ce n’est pas de fermer sa bouche quand l’autre se trompe. La bonté c’est de lui faire comprendre avec amour qu’il se trompe.
Avraham était forcément bienveillant avec son père. Il l’honorait comme il se doit. Et malgré tout, avec amour il a su lui montrer la vérité.
Avraham a réussi, grâce à sa bienveillance à changer ses contemporains… Toujours avec amour et dans la douceur. C’est cela la bienveillance !
Chabbat Chalom
Stéphane Haim COHEN
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