Ahare Mot Kedochim 5786

“Car en ce jour, il fera expiation pour vous, pour vous purifier de tous vos péchés involontaires, devant D. vous vous purifierez.”
(VAYIQRA 16, 30)


Cette semaine nous lirons la paracha A’hare Mote ainsi que la paracha Quedochime.

La paracha A’hare Mot est lue aussi le jour de Kippour. Entre autres, on y présente le service du Cohen Gadol le jour de Kippour.
La paracha Quedochime présente beaucoup de lois sociales qui régissent les relations de l’homme envers son prochain.

Le Rav Sacks zal, dans Sig VeSia’h, Paracha A’hare Mot commente le premier Yom Kippour célébré, tel que la Torah nous l’a donné. 

Lorsque les Bné israel sont sortis d’Egypte, 50 jours après ils ont vécu la révélation, le don de la Torah. 40 jours après, c’est la faute du veau d’or, la chute, nous sommes le 17 Tamouz. Ce jour là Moshé brise les Tables de la Loi. Moshé va monter à nouveau pour 40 jours. Le 1er Elloul, il remontera encore pour 40 jours. Il va intercéder pour obtenir le pardon divin. Le 10 Tichri, il descendra mission accomplie. D. a pardonné. C’est la paracha Ki tissa.

Moshé, notre Maître a su nous élever jusqu’au don de la Torah. Il a su aussi nous calmer après la faute. Il a su nous sauver quand il a prié devant D. pour obtenir le pardon ! C’est ainsi qu’est apparu le premier 10 Tichri. C’était un jour de pardon, car nous l’avons obtenu. 

Le Rav Sacks explique que Moshé est un leader exceptionnel. Mais c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Par ses actions le peuple a survécu. Le problème c’est que fait-on après Moshé ? La Torah elle-même témoigne : “et il ne se lèvera pas d’autres prophètes en Israël comme Moshé, qui a connu D. face à face” (Devarim 34,10). Moshé est donc unique, et après lui le déluge ? C’est le genre de problème que peuvent connaître une famille, une organisation, une nation : après la mort du héros, comment on continue ?

Le Rav Sacks explique que la réponse est dans notre paracha. 


Mais que s’est-il passé l’année qui a suivi le premier 10 Tichri ? C’est ce que nous trouvons dans la paracha A’hare Mot. On perpétue le premier 10  tichri en instituant le jour de Kippour. La Torah explique le service du Cohen Gadol. 
“Car en ce jour, il fera expiation pour vous, pour vous purifier de tous vos péchés involontaires, devant D. vous vous purifierez.”

On transforme un jour d’une élévation exceptionnelle, le jour où le peuple a été pardonné pour la faute du veau d’or, en un jour de pardon. Le premier 10 Tichri, c’est Moshé le héros qui en est l’acteur principal. A partir du la 2è année, la mission est confiée au Cohen Gadol. Ce n’est plus le prophète qui sera à l’origine d’élan vers le divin, c’est le Cohen Gadol qui va servir D. Tout est codifié, cela va devenir une routine. On se rapprochera de D. par des actes qui peuvent sembler routiniers.

Le Rav Sacks continue en présentant ce que nos sages considèrent comme des principes essentiels du judaïsme (klal gadol). Un midrach nous dit : 
Ben Zoma nous dit que c’est “Chema Israel [l’Eternel notre D., l’Eternel est Un]”. Ben Nanasse nous dit que c’est “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”. Chim’one ben Pazi dit : “Le premier mouton tu le feras le matin, et le second mouton tu le feras l’après midi” (Bemidbar 28,4). Ce midrach est rapporté dans l’introduction de Hakotev sur le Ein Yaaqov. Il est aussi rapporté par le Maharal.
Et le midrach termine en disant : “Rabbi Peloni (nom inconnu) s’est levé et a dit que la Hala’ha est comme Ben Pazi”.

Le midrach veut nous faire comprendre que l’essentiel n’est pas forcément les élans du coeur, ou les grands principes. L’essentiel, c’est la pratique quotidienne. Le verset de Ben Pazi fait référence aux 2 offrandes quotidiennes. L’essentiel, c’est la discipline, faire, et refaire. Comme les prières quotidiennes.

La grandeur du judaïsme, nous dit le rav Sacks, c’est qu’il fait de la place au prophète, le héros, mais aussi au Cohen, au quotidien, à ce que l’on pourrait croire être de la routine.

Le Rav Sacks cite William Rees-Mogg, journaliste économique, qui a été vice président de la BBC, et qui est un fervent catholique. Alors que de nombreux chrétiens considèrent le judaïsme comme ennuyeux et dépassé, à cause de la pratique, à cause des rites, Rees-Mogg pense que c’est justement les lois, la pratique qui ont permis au peuple juif d’être encore en vie aujourd’hui.
La pratique est un outil qui permet de canaliser les grandes idées. De même que l’énergie a besoin d’un protocole si on veut la maîtriser (exemple de l’énergie nucléaire), sinon c’est l'explosion, pour les grands principes, les grandes idées, c’est la même chose. La pratique donne un cadre aux grands principes.

C’est la différence entre le sprint et le marathon. Pour durer, il faut de la discipline. Et la discipline, la régularité, la persévérance c'est ce qui fait la différence entre le bon et l’excellent.

Dans le livre de Chemot, nous avons eu l’élan, la révélation, et le pardon dans Ki Tissa. Dans notre paracha, nous avons le marathon, le quotidien, la routine. C’est la combinaison des deux qui nous permettra de transformer l’idéal en réalité.


Chabbat Chalom

Stéphane Haim COHEN

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