" Dans cette année du Yovel (jubilé), vous retournerez chacun à son héritage" (VAYIQRA 25,13)
“Selon le nombre d’années après le Yovel, tu achèteras de ton prochain [le terrain], selon le nombre d’années de récolte, il te vendra” (VAYIQRA 25,15)
Cette semaine nous lisons 2 parachiot : Behar et Be’houqotay
Behar commence par présenter les lois de la Chemita, l'année chabbatique de la terre. On ne doit pas travailler la terre pendant un an. Les lois du Yovel (=Jubilé) sont aussi exposées.
Puis, la Torah continue avec de nombreuses lois "sociales".
Le verset en entête présente la redistribution des terres lors de l’année du Yovel. Tous les 7 ans, c’est la chemita. On ne travaille plus la terre. On laisse les champs ouverts. Tout un chacun peut entrer et se servir pour consommer.
Après 7 chemitot (donc 49 ans), c’est le Yovel, les terres retournent à leurs propriétaires d’origine. On redistribue les cartes.
Le second verset en entête nous explique que puisque les terres sont rendues à leur propriétaire originel lors du Yovel, quand on les vend, c’est à durée déterminée. Ainsi on évite la concentration de la richesse. Par conséquent, la Torah nous dit que le prix d’un terrain est fonction du nombre d’années de récolte à venir jusqu’au Yovel.
La terre est donc perçue comme un outil de travail. Son prix dépend de ce qu’elle produira et pendant combien de temps. Le prix dépend de l’utilisation que l’on en fera. La propriété n’est donc pas sacrée en tant que telle. La propriété, vue par la Torah, c’est le droit d’utilisation. Vendre un terrain, c’est donner à l’autre la possibilité d’investir. Il échangera ainsi une somme définie au temps t=0, contre des récoltes aux temps t =1, 2, 3, … jusqu’au Yovel.
La Torah ne veut pas que l’on dépense pour acheter un terrain, elle veut que l’on investisse. Et la différence est essentielle. Une dépense n’apporte rien de valeur en contrepartie. Un investissement, c’est de la création de valeur !
La Torah nous demande d’être des investisseurs pas simplement des gens qui dépensent. Mais on ne parle pas que d’argent ! Investir, ce n’est pas que de l’argent !
Prenons un exemple : un enfant demande à ses parents de lui acheter un piano. Cela peut être une simple dépense. Les parents achètent le piano, l’enfant décide d’en jouer …. une fois, et il abandonne, … trop difficile ! La c’est une dépense. Les parents ont acheté un piano, et il sert uniquement en décoration… c’est simplement une dépense.
En revanche, si l’enfant se met à passer du temps au piano. Si l’enfant fait des efforts, même s’il ne devient pas un prodige, l’enfant se transforme. Il apprend le sens de l’effort. Il apprend l’harmonie. Il découvre la magie de la musique. Le piano est ainsi un investissement. Les parents ont échangé une somme d’argent à t=0 contre une transformation de leur enfant qui durera un an, deux ans, … une vie.
La Torah nous apprend à investir, cela signifie que nous devons donner du sens à nos actions. Je peux prendre un repas pour manger. Mais je peux aussi faire un repas de chabbat pour m’approcher de D. J’ai investi des shekels pour pour transformer du matériel en spirituel.
Investir c’est donner un sens. Agir sans penser me rabaisse à l’état d’animal. Peser mes actions aujourd’hui pour anticiper ce qu’elles généreront, c’est cela investir. Qui est le sage ? nous disent les Maximes des Pères : Celui qui prévoit ce qui va se passer.
Chabbat Chalom
Stéphane Haim COHEN