Bemidbar 5786

וְאֵלֶּה תּוֹלְדֹת אַהֲרֹן, וּמֹשֶׁה: בְּיוֹם, דִּבֶּר יְהוָה אֶת-מֹשֶׁה--בְּהַר סִינָי.
וְאֵלֶּה שְׁמוֹת בְּנֵי-אַהֲרֹן, הַבְּכֹר נָדָב, וַאֲבִיהוּא, אֶלְעָזָר וְאִיתָמָר

"Voici les descendants de Aaron et Moshé, le jour où D. parla à Moshé sur le mont Sinaï. Voic les noms des enfants de Aaron : l’aîné Nadav, Avihou, Eleazar et Itamar"
(Bemidbar 3, 1-2)


Nous commençons cette semaine le 4è livre de la Torah, Bamidbar (=littéralement « dans le désert »). Jeudi soir prochain, nous fêterons Chavouot, la fête du don de la Torah.

Ce 4è livre de la Torah est nommé Les Nombres, car les bné Israel y sont minutieusement recensés.

Le verset en entête contient une bizarrerie. La Torah nous annonce qu’elle va nous présenter les fils de Aaron et Moshé. Mais les versets qui suivent ne nous parlent que des enfants de Aaron.
Rashi explique la difficulté en uutilisant la Guemara Sanhédrine 19b : 
Rav Shmouel ben Na’hamani dit au nom de Rabbi Yonatane : tout celui qui enseigne la Torah au fils de son ami, c’est comme s’il l’avait fait naître, comme il est dit voici les enfants de Aaron et Moshé, et ensuite on ne liste que les enfants de Aaron.

En fait, tous les enfants d’Israel ont appris la Torah de Moshé, mais la Torah insiste sur la filiation avec les enfants de Aaron. Le Torah Temima explique que Moshé avait une relation particulière avec les enfants de Aaron: il étudiait plus avec eux qu’avec l’ensemble des Bné Israel.

Le Torah Temima demande aussi pourquoi qualifier de “Père” celui qui enseigne la Torah. On aurait pu trouver d’autres qualificatifs pour décrire la relation maître-élève !

Le Torah Temima nous explique que le mot “père” est à mettre en relation avec celui que l’on utilise dans la paracha Berechit. On y parle “du père des bergers”, “du père de ceux qui jouent de la musique”. Dans Berechit, on a ainsi découvert ceux qui ont inventé l’art d’être berger, ou l’art de jouer de la musique, et on les nomme “père”. Le père c’est celui qui invente ou qui  découvre.
Et bien le maître fait la même chose. Il crée un élève, il le façonne, il lui fait découvrir son potentiel. On le nomme donc “père”.

Dans Sanhédrine 99b, Rich Laqich nous dit : celui qui enseigne au fils de son ami, c’est comme s’il l’avait FAIT. Le langage est quasiment identique, à l’exception du “FAIRE” au lieu de “donner naissance”. Faire signifie façonner, parfaire, nous dit le Torah Temima, à l’instar de la captive dont on dit “elle fera ses ongles”. 
Et, souligne le Torah Temima, Rich Laqich se sert de son expérience personnelle pour généraliser. Avant, qu’il commence à étudier, c’était un homme grossier. Désormais, Rich Laqich est une nouvelle personne.

En fait, nos sages veulent nous faire comprendre ici que donner la vie physique c’est bien. Mais il y a une autre vie à donner. Il faut donner la Torah. Celui qui enseigne la Torah à ses élèves devient leur père. Lui aussi, il donne la vie… la vie spirituelle.

Certains peuvent croire que c’est juste pour donner du respect au maître qu’on va le qualifier de père. Mais c’est bien plus que cela. 

Un homme, une femme, ce n’est pas qu’un corps. 
D. nous a donné un cerveau, et il faut s’en servir. La Torah est infinie, et elle permet de grandir indéfiniment. Elle permet de se rapprocher du Roi. Au début, ce n’est pas facile, cela demande de l’abnégation, des efforts… Mais au bout du compte, Le Rav a contribué à façonner une nouvelle créature. C’est aussi le père ! 


Stéphane Haim COHEN

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