Behar 5782

"D. a parlé à Moshé sur le Mont Sinaï en disant … la terre respectera le chabbat [un an]…"
(VAYIQRA 25, 1-2)


Cette semaine, nous lirons la paracha Behar.

En dehors d'Israel, on lit la paracha Emor. Ici un commentaire envoyé la semaine dernière : https://limud.net/content/emor-5782)

Behar commence par présenter les lois de la Chemita (l'année chabbatique de la terre, on ne doit pas travailler la terre pendant un an), et celles du Yovel (=Jubilé).
Puis, la Torah continue avec de nombreuses lois "sociales", qui assainissent le comportement de l'homme avec son prochain.

Cette paracha nous donne de grands principes de l’économie vue par la Torah.

La Torah veut limiter la concentration des moyens de production. Ainsi, dans une économie agricole, celui qui possède la terre peut faire la loi. Celui qui vend sa terre, c’est forcément à contrecœur.
La Torah souhaite donc la redistribution. Au Yovel, tous les 50 ans, on rend la terre au propriétaire initial.

La Torah veut aussi limiter les inégalités. Dans une économie capitaliste, souvent les inégalités tendent à s’accroître. Les écarts augmentent. Les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Le prêt à intérêt est un outil qui favorise les inégalités. Les pauvres sont contraints d’emprunter, mais parfois, les intérêts seront tels qu’ils vont plonger encore plus. La Torah, dans notre paracha, interdit le prêt à intérêt : “Ton argent, tu ne donneras pas (prêteras pas) avec intérêt” Vayiqra (25,37).

La Torah est capitaliste, mais elle veut éviter les travers du capitalisme.

Notre paracha nous donne aussi la vision de la Torah sur la propriété. Une terre, c’est un moyen de production, ce n’est pas un bien qui sert à spéculer. D’ailleurs si quelqu’un est contraint de vendre sa terre, après 2 récoltes, le vendeur aura l’option de pouvoir racheter sa terre. Comment calcule-t-on le prix de la Terre ? En année de récolte ! La Terre est un outil de production. Son prix est lié aux flux futurs qu’elle va générer.
La propriété est donc vue ici comme l’utilisation d’une terre, plutôt que comme une simple possession. Posséder, c’est le droit d’utiliser. Et celui qui possède, et qui n’utilise pas, c’est comme s’il ne possédait pas.

La Torah envisage aussi la personne désespérée, qui n’a plus rien et qui est contrainte de se vendre. Là encore, la Torah protège le faible. Il ne faut pas le traiter en esclave. Le Talmud nous dit celui qui s’achète un esclave, s’achète un maître. Il est interdit d’être l’esclave d’un esclave. Nous servons D., nous ne pouvons pas asservir notre semblable.

La Chemita, la 7è année où la terre n’est pas travaillée, nous fait comprendre qui est Le vrai patron. C’est bien de posséder une terre, c’est bien de la travailler, mais la Chemita, nous apprend à avoir confiance en D.
Pour celui qui a confiance, la 6è année apportera une triple récolte. Elle permettra de manger pendant la 6è année, puis lors de la Chemita (7è année), et même lors de la 1ère année, le temps d’obtenir la nouvelle récolte.


Chabbat Chalom

Stéphane Haim COHEN