« Les Egyptiens asservirent les enfants d’Israel avec dureté»
Chemot (1,13)
La Paracha CHEMOT, est comme son nom l'indique la première du livre de CHEMOT. Littéralement, CHEMOT = "noms", mais la traduction française a pris l'habitude d'appeler le 2è livre de la Torah "l'Exode", en référence au thème principal, la sortie d'Egypte.
C’est dans cette paracha que nous allons découvrir Moshé, notre Maître.
La paracha de la semaine commence par nous présenter la dégradation de la situation des Bné Israel en Egypte. De la position d'invités privilégiés du temps où Yossef était vice-roi d'Egypte, les Bné Israel sont à présent des esclaves.
Mais est-ce juste ? Un concours de circonstances a précipité les pères en Egypte, et maintenant les fils se retrouvent esclaves !
D. avait déjà annoncé à Avraham : Ta descendance sera étrangère dans une terre qui n’est pas la sienne ! Est-ce juste ? un peuple naît, les bné israel, … mais ce peuple naît en qualité d’esclave !
En fait, si le peuple naît esclave ce n’est pas une punition, c’est simplement un passage obligé. Si le peuple veut devenir peuple, si le peuple veut recevoir la Torah et révolutionner l’humanité, il faut d’abord être esclave. Si le peuple veut mériter la terre, il faut d’abord vivre sur une terre étrangère.
Seul l’homme libre peut s’approcher de D. En effet, il faut penser, pour découvrir D. et l’intégrer au quotidien.
Souvent, pour être libre, il faut d’abord une terre. Nous avons donc été exilé dans une terre étrangère. Ainsi, nous mesurerons que la terre que nous hériterons est un cadeau, un outil pour se rapprocher du Roi.
Comme l’a chanté le poète : Pour que j'aime ma terre, qu'on me donne l'exil !
Mais la terre, n’est qu’un outil. Se rapprocher du Roi, c’est lui ressembler ! D. est infini, et l’homme est fini. D. est en dehors du temps : Il est Roi, Il a régné, et Il régnera ! L’homme vit dans le temps.
L’homme qui veut ressembler à D. devra donc devenir Maître du temps. Comme l’écrit le Rav Yossef Dov Solovetchik : Ce n’est pas tout le monde qui parvient à vivre le temps, nombreux sont ceux qui se contentent de vivre dans le temps.
Pour en mesurer l’enjeu, on doit d’abord passer par la case esclave. L’esclave ne possède pas son temps. Le passé lui échappe. Le futur, il ne l’a pas, puisqu’il ne peut pas se projeter. Il lui reste le présent. Mais, ce présent, ne lui appartient pas. Il cherchera à l’échanger contre des petits plaisirs matériels.
Nous avons dû passer par la case esclave, pour comprendre que nous devons nous approprier le temps.
Comme l’a chanté le poète : Qu'on me donne la nuit pour que j'aime le jour !
En regardant son passé, et en projetant aussi dans le futur, nous pourrons prendre conscience du présent, et vivre le présent. Ainsi, nous nous rapprocherons de Celui que l’on nomme Le Lieu (Barou’h Hamakom), et qui est présent pour l’Eternité.
Chabbat Chalom
Stéphane Haim COHEN