« Des juges et des policiers tu placeras pour toi dans toutes tes portes… »
(DEVARIM 16,18)
Nous sommes entrés cette semaine dans le mois de Eloul. C’est le mois qui va nous conduire à Roch Hachana, le jour du jugement.
Cette semaine, nous lisons la Paracha Chofetim, comme dans la plupart des parachyot du dernier livre de la Torah, Moshé donne ses recommandations aux Bné Israel, avant que le peuple entre en Israel.
Littéralement le verset en entête fait référence au pouvoir judiciaire à mettre en place lorsque l’on entrera en terre d’Israel. Il faudra des juges pour juger et des policiers pour faire respecter la justice. Comme le précise Rashi sur le premier verset, les policiers auront un pouvoir de coercition pour faire respecter les décisions de justice.
Le Kli Yakar explique que la Torah s’adresse à celui qui a le pouvoir. Celui-ci aura la mission de nommer des juges indépendants qui ne lui seront pas reconnaissants ! Si le juge est assez fort pour ne pas favoriser celui qui l’a nommé, à plus forte raison qu’il ne favorisera pas les autres justiciables.
Longtemps avant Locke et Montesquieu, la Torah a choisi la séparation des pouvoirs pour optimiser le fonctionnement de la société. Celui qui a le pouvoir, par exemple l'exécutif, nomme le juge. Mais ensuite le pouvoir judiciaire n’est pas subordonné à l'exécutif. Pour le pouvoir législatif, la loi est divine, et ce sont les rabbins qui lui donnent son sens grâce à la Loi Orale (qui est aussi divine). Les pouvoirs sont donc indépendants !
Le Kli Yakar insiste donc pour que l’on nomme des juges indépendants… ce qui n’est pas le cas à son époque. Il vivait au 16è siècle. Il se désole que ceux qui ont le pouvoir nomment des juges qui sont des proches, de la famille, des amis … Rien de nouveau sous le soleil !
La Torah rappelle que le juge ne doit pas accepter de présent corrupteur = Cho’had. LE kli Yakar rapporte la guemara Ketoubot 105b : Cho’had = Che Hou ‘Had, il fait un.
Le juge et le justiciable ne font qu’un à cause du présent corrupteur. Le juge a perdu son objectivité.
Le Kli Yakar n’adhère pas à cette explication. Le cho’had = de l’argent, le cadeau, mais ne fait pas référence au juge et au justiciable. Il préfère donc faire le lien avec ‘Had = aiguisé, tranchant. L’argent versé au juge, fait que l’on tranche rapidement. Le juge n’est plus précautionneux, à cause du présent corrupteur, il se fait son idée très rapidement !
Nous sommes en route vers Roch Hachana. Avant de nous faire juger, nous devons nous juger tout seul. Serons-nous suffisamment forts pour refuser les présents corrupteurs que constituent nos habitudes ? Saurons-nous sortir de notre zone de confort, pour réaliser notre potentiel ?
Chabbat Chalom
Ketiva Va Hatima Tova
Stéphane Haim COHEN
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