Ki Tetse 5786

“...Tu ne prendras pas l'Egyptien en abomination, car tu as été résident dans son pays.”
(DEVARIM 23,8)

Cette semaine nous lisons la paracha Ki Tetse. Elle contient, de nombreux thèmes, beaucoup de lois …
Le verset en entête nous explique qu’il ne faut pas haïr l’Egyptien. Et pourtant, ils ont jeté les mâles nouveaux nés dans le fleuve, ils nous ont asservis, ils nous ont fait souffrir.
Mais la Torah ne veut pas qu’on les haïssent ! Hors de question de les prendre en abomination.


Cet semaine, j’ai relu le commentaire que j’avais écrit en 5784 sur la haine. Et ce jour, j’ai aussi lu un commentaire traduit en français du Rav Jonathan Sacks zal
https://rabbisacks.org/les-voix-de-lalliance/ki-tetse/se-defaire-de-la-haine/


Je pensais que je le retrouverai dans le livre traduit en hébreu Sig Ve Sia’h, et bien non ! Ce commentaire est simplement une traduction de l’anglais.

Voici quelques idées que j' ai retenues.

Les Bné Israel sont sur le point d’entrer en Erets Israel. Ils devront y fonder une société juste, et y respecter les Lois de la Torah.
La Torah nous apprend ici que l’on ne peut pas créer une nation sur la haine. Les Bné Israel ont souffert en Egypte, c’est vrai ! Mais si on crée un Etat dans lequel on ancre la haine de l’ancien oppresseur, alors ce n’est pas un état d’hommes libres. Celui qui garde la haine en soi, est soumis à l’autre, il n’est pas libre. Il est prisonnier de la personne qu’il haït.
Rava dans Baba Qama apprend la mitswa de reconnaissance du verset en entête. Dans Baba Qama 92b, il nous dit, d’où sait on que le puits dans lequel on a bu, il ne faut pas y jeter des pierres ? Du verset en entête : “tu ne prendras pas l’Egyptien en abomination”.

En fait, la Torah ne veut pas que je perde mon temps à haïr l’autre, même s’il m’a fait du mal. A quoi cela servirait de vivre dans l’abomination de l’Egyptien qui a pourri ma jeunesse ? Cela empêche juste de grandir et de prendre son indépendance ! Je risque juste de me créer un traumatisme. 
 

La Torah veut que je me serve de mon passé pour grandir. J’ai souffert en Egypte, et malgré tout je dois être reconnaissant = je dois faire de place à l’autre. Je pourrais me lamenter et ne penser qu’à moi… Mais non ! La Torah veut m’apprendre que je ne suis pas le centre du monde, l’Autre existe. Et je dois lui être reconnaissant, en trouvant une raison qui me permette de ne pas passer le reste de ma vie à ressasser les traitements qu’il m’a fait subir.

Le Rav Sacks précise que nous avons ruiné l’Egypte, en se servant de leur richesse avant de partir. Mais ce n’est rien par rapport à toutes les souffrances endurées. Ce n’est rien face aux Bné Israel assassinés. Ce n’est pas une compensation. On ne compense pas les vies perdues. Et pourtant, ces “réparations” ont été utiles. Elles ont permis de commencer le travail pour soigner la haine des Bné Israel envers leurs anciens oppresseurs. De même lorsque la Torah nous dit de ne pas prendre en abomination les Egyptiens car ils nous ont accordé l’hospitalité, c’est pour tenter de donner du sens à ce qui s’est passé en Egypte.
Mettre les souffrances passées sous le tapis, les étouffer est souvent inutile. Un jour ou l’autre, elles ressortiront. En revanche, en leur donnant un sens, j’arrive à me soigner, et à dépasser le traumatisme.
A la fin de la paracha nous avons le passage de Za’hor. Il faut se souvenir de ce que nous a fait Amaleq, et effacer le souvenir, et la présence d’Amaleq. Alors pourquoi cette différence de traitement ? Amaleq, on doit le faire disparaître et l’Egyptien on doit lui pardonner ?

En fait, l’Egyptien c’est du passé. Si je continue à le haïr, je vis dans le passé, traumatisé, je ne grandis pas.
Amaleq, c’est le présent. La Torah me demande de lutter en permanence contre ceux qui représente Amaleq. Celui qui profite de sa force pour écraser le faible, c’est Amaleq. Celui qui agit en traître, c’est Amaleq. La Torah, me parle pour le présent. Le bon juif c’est celui qui lutte contre les injustices.

CHABBAT CHALOM
Stéphane Haim COHEN
www.limud.net