‘Haye Sarah 5787
« Et j’ai dit à mon maître : peut-être que la femme ne me suivra pas »
(Berechit 24,39)
Le début de la paracha ‘Haye Sarah est consacré à l’achat du terrain de Ma’hpela par Avraham. Ce lieu, est celui où Adam et ‘Hava sont enterrés, et c’est aussi celui où reposent : Avraham et Sarah, Yts’haq et Rivka, Yaaqov et Léa.
Puis la paracha présente le passage où Avraham charge son serviteur, Eliezer, d’aller chercher une épouse pour son fils Yts’haq.
Avraham a été précis avec Eliezer : il ne faut pas prendre une fille de Canaan. Eliezer, le bon serviteur, va scrupuleusement respecter l’ordre de mission. Il ira chez Bethouel et son fils Lavan, et ramènera Rivka la soeur de Lavan, pour épouser Yits’haq.
Lorsque Eliezer fait la demande à la belle famille, il se présente comme le serviteur d’Avraham, et présente sa mission, et les consignes que Avraham lui a données.
Eliezer raconte donc à la belle famille (verset en entête) :
« Et j’ai dit à mon maître : peut-être [OULAY] que la femme ne me suivra pas » (Berechit 24,39)
Dans la Torah le “peut-être” est écrit sans le vav du son “ou”. On peut donc le lire “OULAY”, comme on le fait. Mais on peut aussi le lire “élay” = vers moi.
Rashi explique ce double sens. Il nous dit que Eliezer cherchait un prétexte pour qu’Avraham lui demande de prendre la fille d’Eliezer, le serviteur, comme épouse pour Yits’haq.
Pourtant plus tôt dans la paracha, lorsque Eliezer prenait son ordre de mission auprès d’Avraham, il n'a pas dit exactement la même chose :
“Le serviteur [Eliezer] lui a dit [à Avraham], peut-être [OULAY, en toute lettre, avec le OU] la femme ne voudra pas venir avec moi vers cette terre, dois-je ramener ton fils vers le pays dont tu es sorti ?” (Berechit 24,5).
Donc la première fois, lorsque Eliezer reçoit sa mission d’Avraham, la Torah écrit OULAY en toute lettre. Mais lorsque Eliezer répète sa mission devant, Bethouel et Lavan, quand il tente de les convaincre de laisser partir Rivka, il ne dit pas exactement la même chose. Il dit OULAY, qui s’écrit ELAY. Pourquoi cette différence ?
De même lorsque Eliezer rencontre Rivka près du puits, il lui offrira des bijoux avant même de savoir de qui elle est la fille.
Mais lorsque Eliezer retranscrit la scène à Bethouel et Lavan, il inverse : il explique qu’il a d’abord demandé à Rivka de qui elle est la fille, et ensuite il lui a offert les bijoux.
Pourquoi donc ces deux changements ?
Le Mihtav Meeliahou volume 2 page 202, nous explique le poids du parti pris, des intérêts qui nous aveuglent.
Eliezer donne les bijoux à Rivka avant de demander de qui elle est la fille, car il a compris que c’est l’épouse destinée à Yits’haq. Il voit la main de D. Il voit le miracle. Mais Lavan n’est pas construit pour comprendre que l’on donne les bijoux avant de savoir à qui on a affaire. Très matérialiste, il ne peut concevoir qu’on donne sans savoir à qui. Lavan préfère le PRENDRE au DONNER, il ne comprendrait pas l’acte de Eliezer. Il l’aurait pris pour un fou. Il ne lui aurait donc jamais confié sa soeur.
Lavan est aveuglé par sa nature, et il ne parviendra pas à voir la grandeur de Eliezer et donc de son maître.
Le Rav Dessler, nous explique que Eliezer aussi souffre de parti pris, mais il se corrige. Au début, en discutant avec Avraham, il demande “peut-être [OULAY, en toute lettre, avec le OU] la femme ne voudra pas venir avec moi vers cette terre, dois-je ramener ton fils vers le pays dont tu es sorti ?”
En réalité, au fond de lui, il rêve de marier sa fille avec Yits’haq. Mais il pose une question, qui pour lui est complètement objective.
En revanche, après avoir trouvé Rivka, les masques tombent. Il sait que Rivka est l’élue pour Ytsh’aq. Alors maintenant, il relate les évènements en disant OULAY qui s’écrit ELAY, vers moi. Il réalise que la question qu’il avait posée à Avraham était mue par ses intérêts personnels. Il comprend rétrospectivement que sa volonté de l’époque de marier sa fille à Yits’haq l’avait poussé à demander à Avraham :