BO 5786 - le temps
«D. dit à Moshé et Aaron, en terre d’Egypte, en disant. Ce mois sera pour vous le début des mois , le premier, pour vous, des mois de l’année» CHEMOT (12,1-2).
La paracha BO nous raconte les trois dernières plaies (les sauterelles, l’obscurité et la mort des premiers nés) ainsi, que la suite logique, la sortie d’Egypte.
C'est aussi dans cette paracha, la première fois où les Bné Israel, en tant que peuple, reçoivent des commandements divins (Mitswot).
Et quel est le 1er commandement que le peuple reçoit ? La sanctification du mois. Où le peuple reçoit ce 1er commandement ? En Egypte !
En plein milieu de cette paracha, on reçoit cette mitswa, qui semble tomber comme un cheveu sur la soupe.
Juste avant la Torah nous dit que D. a endurci le coeur de Pharaon et qu’il ne voudra pas nous laisser partir de sa terre.
Juste après, nous aurons l’ordre donné aux Bné Israel de sacrifier un agneau, et d’en mettre le sang sur les linteaux de la porte.
Où est la suite logique ?
J’espère que je ne vais pas écrire de bêtises …
En fait, avant ce premier commandement, nous sommes encore esclaves. Mais D. a promis de nous libérer. Depuis la Genèse, Il nous a choisis pour diffuser Sa parole, pour se rapprocher de Lui.
Après l’obscurité de l’Egypte, nous pourrons mesurer le bonheur de la lumière. L’esclavage était un passage obligé. Mais, si on reste esclave dans la tête, on ne pourra jamais s’approcher de D.
L’esclave est soumis à son maître. L’esclave ne possède pas son temps. C’est le maître qui possède le temps de l’esclave. L’esclave n’a pas de passé, l’esclave n’a pas de futur. L’esclave vit dans le présent, et paradoxalement, il le fuit. Même le présent lui est inconnu. Il ne peut pas faire un arrêt sur image, car son présent, c’est le maître qui le possède.
Le premier commandement que nous recevons nous permet d’entrer dans une nouvelle dimension. La Torah nous donne les moyens de nous rapprocher de D. Désormais, nous devons être Maître du Temps. C’est nous qui fixerons le temps. Les témoins verront la lune, et le tribunal sanctifiera le mois. La Torah veut que nous nous approprions notre présent. Alors, c’est vrai, un homme libre a un passé, il fait aussi des projets dans le futur.
Mais ce passé, et ce futur, doivent être au service du présent.
L’homme a souvent tendance à fuir son présent. Il se crée des occupations, il regarde son smartphone, il ne peut pas rester sans rien faire. Il ne faut surtout pas s’arrêter … car on risquerait de se mettre à penser.
Régulièrement, le jeudi soir, en écrivant ce commentaire hebdomadaire, j’écoute de la musique sur youtube, parfois, je regarde en même temps. Et je suis impressionné par le nombre de personnes qui, pendant les concerts, filment le chanteur. Pourquoi filmer quand je vais dans un concert ? Pour montrer que je suis allé au concert ? Pour revoir quelques images plus tard ? Pourquoi ne pas vivre le présent, et profiter du concert ? Pourquoi ne pas vivre la musique au présent, plutôt que de fuir le concert en le filmant.
La Torah attend de nous que nous décidions de vivre le présent. D. est présent éternellement, Il était, IL est, et Il Sera. Nous devons tenter de Lui ressembler en vivant dans le présent.
Après le commandement de la sanctification du mois, la Torah nous donne les commandements liés au sacrifice de l’agneau. Quel est le rapport ?
Le Kli Yaqar nous dit que les Egyptiens adoraient les astres. Ils disaient que l’astre du bélier (le signe astrologique du mois de nissan) décide de la richesse et de la sagesse des hommes. C’est l’astre du bélier qui guide les hommes. Et c’est d’ailleurs, la raison pour laquelle les Egyptiens avaient en horreur les bergers. Car les bergers guident leurs moutons, alors que selon les Egyptiens, c’est le mouton / le bélier qui guide les hommes. La Torah, nous explique le Kli Yaqar, nous demande, au mois de Nissan, celui du signe du bélier, de sacrifier un agneau, pour montrer à l’Egypte, qui est vraiment le patron !
Mais il y a peut être un autre lien entre la sanctification du temps et le sacrifice (korban) de Pessa’h. Le Korban, comme son nom l’indique, permet de se rapprocher de D. Il doit être consommé dans un laps de temps déterminé (avant le matin). Plus tard dans le livre de Vayiqra, nous trouverons les lois du Pigoul. Si en faisant un des rites du korban, on pense à le consommer plus tard que ce qui est prévu, alors le korban est invalidé. Le Korban, le vrai,